Partager l'article ! Silent scream - Chapitre 4 Partie 2/2: Suite de la partie 1 Cependant, alors que nous longions la Seine, mes narines furent chatouillées pa ...
Cependant, alors que nous longions la Seine, mes narines furent chatouillées par cette odeur de sang que je ne pouvais que trouver délicate malgré moi. Humant son
odeur à défaut de m’en repaître, je me mis inconsciemment à suivre Ezekiel qui marchait en direction de cette odeur. Plus nous approchions, plus il m’aurait été impossible de faire marche
arrière. Nous arrivâmes bientôt sous un pont sous lequel un homme dans la force de l’âme, gisait, assis contre le mur, le corps ensanglanté. Mon corps tremblait presque sous la résistance que je
m’imposais. Ezekiel était en train de s’approcher furtivement de lui, de façon à ne pas éveiller ses soupçons. Je ne fis bientôt plus du tout attention à lui, étant hypnotisé par la vision de
sang et son odeur au combien délicieuse. Sans vraiment le réaliser, j’avais déjà fait un pas vers lui, marchant dans ce seul sens unique qui m’était imposé. Je finis par marcher vers cet homme à demi conscient, et une fois à sa hauteur, je m’agenouillais près de lui, me mentant en me disant que c’était
pour lui porter secours. Du bout des doigts, j’essuyais le sang qui maculait la peau de son cou et les portais à ma
bouche. Galvanisé par le goût suave du liquide carmin aux reflets de rubis, je perdis pied. A la seule pensée qu’il allait de toute façon mourir, je me jetais sur lui. C’était comme si me donnant
cette excuse, je me lavais du péché que j’allais commettre. Mes crocs entrèrent avec une facilité déconcertante dans la peau de son cou, réalisant ce geste par pur instinct. Sentir la veine
palpitante entre mes lèvres dans le cou de ma victime était électrisant. Dans un état second, je me fis enfin taire cette faim qui me refusait un sommeil réparateur depuis plusieurs jours,
m’offrant une nouvelle jeunesse. Avec avidité, je me remplissais de ce liquide vital, souhaitant que cet instant magique ne prenne jamais fin. Malheureusement, ce fut Ezekiel qui me ramena à la
réalité, me déclara d’une voix douce :
- Cela suffit Alakhiel… Il faut t’arrêter
maintenant, ne bois jamais de sang mort. Il faut t’arrêter juste avant que le cœur ne cesse de battre…
Trop brusquement ramené à la réalité, je relâchais le cadavre que j’avais attiré à moi pour mieux le vider de son sang. J’avais fais cela avec tellement de facilité, qu’un vide abyssale se tenait
sous mes pieds. Ne pouvant supporter cette vue, symbolisant mon humanité à jamais perdu, je finis par me relever, fuyant comme rarement il m’était arrivé de le faire, fuyant ce que j’étais
vraiment. Je pus entendre Ezekiel éclater de rire et me crier :
- On ne renie pas sa vraie nature Alakiel…
Tu es fait pour tuer…
Je pouvais encore sentir ce sang si doux coulant généreusement dans ma gorge. Cela m’avait fait tellement de bien… Et
pourtant je venais de commettre ce contre quoi je m’étais battu pendant plusieurs jours. J’étais devenu un monstre et plus jamais je ne pourrais redevenir celui que j’étais. Il fallait que je me
fasse une raison, Elisabeth m’était à jamais interdite. En même temps que le sang de cet homme coulait dans mes veines, je me sentais investie de cette solitude si cruelle qui je le savais,
m’accompagnerait à jamais.
Ezekiel ne tarda pas à me rejoindre, s’asseyant sur le même banc que le mien. Je m’y étais installé sans trop m’en rendre compte, trop perdu dans ma détresse. C’est alors que je sentis sa main se
poser sur ma cuisse, en un geste qui m’apaisa plus que je ne l’aurais cru. N’ayant que lui, et craquant à cause de cet élément déclencheur, je me mis à pleurer, ne cherchant pas à dissimuler mes
sanglots, et posai ma tête sur son épaule, ayant plus que tout besoin de réconfort, le trouvant dans celui qui était la cause de tout. C’était le seul avec qui j’avais pu avoir un contact, le
seul avec qui je pouvais parler, l’unique être qui faisait partit de mon monde. Et bien que je nourrissais pour lui une
rancœur sourde, il était la seule épaule sur laquelle je pouvais m’épancher. Ezekiel resta parfaitement immobile, comme s’il ne savait que faire. Comprenant sa réaction et trouvant que j’étais
peut être aller un peu trop loin, je finis par retirer ma tête en m’excusant, honteux mais toujours meurtri. Il me regarda étrangement, alors que les larmes roulaient silencieusement sur mes
joues bien moins pâles depuis mon repas. Du bout du pouce, il essuya les larmes qui perlaient aux coins de mes yeux et délicatement, ses lèvres prirent possession des miennes pour un baiser des
plus tendres dont seule la lune fut témoin. Je ne savais pas vraiment ce qui me poussais à échanger ce baiser avec lui, je savais juste que j’en avais besoin et envie. Comme mû par une force qui m’était inconnue, je le laissais goûter les lèvres. Cette fois-ci, ce n’était pas comme la dernière fois. Il ne me forçait pas, je possédais entièrement ma
force de volonté, et je pouvais y mettre fin lorsque je le désirais. A mon plus grand étonnement, ce fut même moi qui approfondit notre échange. Ma langue timide et hésitante, vint quémander
l’accès à ses lèvres afin d’aller rejoindre sa jumelle pour l’entraîner dans un ballet des plus sensuels. Avec
délicatesse et douceur qui contrastait avec sa force de caractère, je caressais langoureusement la sienne, comme pour lui faire découvrir quelque chose qui lui était inconnu, tout comme cela
l’était pour moi.
Soudain, Ezekiel s’écarta précipitamment, comme réalisant ce qu’il venait de faire. Dans un sursaut d’effroi, il mit donc fin au baiser. J’ignorais pourquoi mon cœur se serra à cet instant, ce
baiser prenait une teinte d’interdit. Il me sembla voir de la crainte dans ses yeux, chose que je n’aurais jamais crue possible venant de sa part.
Sans un mot, il se détourna de moi, et prit la direction du manoir.
Le chemin du retour, s’effectua dans un silence monastique, et l’inquiétude de son état, me fit oublier la mort que j’avais donné à un homme. Comme envoûté, je le suivais pas à pas, rechignant à m’éloigner plus de lui. Alors que les premiers rayons du soleil commençaient à illuminer le ciel,
nous regagnâmes la chambre où était entreposé nos deux cercueils. Après m’avoir prononcé de brèves paroles, il referma son cercueil me laissant seul. Résigné, j’allais faire de même, mes yeux restèrent figés sur lui, comme incapable de me résoudre à rejoindre le mien. Quelque chose avait changé entre nous, à l’instant même où j’avais accompli ma véritable nature, je m’étais lié à lui, seul être qui empêcherait cette solitude de m’envahir et qui au combien me
faisait trembler. Sans vraiment réaliser mes faits et gestes, je me dirigeai vers son cercueil et l’ouvrit. Il était là, étendu, me fixa de son regard plein d’effroi. Je me rappelais de ma nuit
avec lui, dans ce même lieu exiguë. Accepterait-il au moins cette nuit, une nouvelle fois ma présence près de lui ?
Le fixant longuement, il finit par comprendre, et après avoir soupiré de lassitude il finit par se décaler sur le côté en une invitation explicite à venir le rejoindre. Je ne me fis pas prier et je vins instantanément à ses côtés, fermant le cercueil avant de me blottir contre lui. C’est enlacé l’un contre l’autre que nous parvînmes finalement à trouver le sommeil.
Paris, 1er décembre 1759
Les mois défilèrent, puis les années durant lesquelles nous menâmes paisiblement notre vie de vampire, vivant ignoré de tous, tuant nos proies lors de
soirées mondaines auxquelles Ezekiel aimait à se rendre dans l’ombre.
Nous menions une vie plutôt calme, régie par nos fréquentes disputes. Mon premier meurtre était maintenant loin dernière une série d’autres bien trop longue, et pourtant, je ne parvenais pas à
prendre autant de plaisir que mon semblable, ne tuant vite et bien que lorsque c’était nécessaire.
Une seule chose menaçait notre équilibre apparent, comme ce soir là, où je m’étais encore rendu malgré les risques,
devant la maison d’Elisabeth. Cette nuit, emprunt d’un profond sentiment de mélancolie, je ne parvenais pas à me décider à partir de ce lieu, contemplant jusqu’aux derniers instants qui m’étaient possible Elisabeth assez proche de l’éveil et entendre chacun de ses battements de cœur faisait comme
vibrer le mien. Perdu dans mes pensées, je ne me rendais même pas compte que le matin était bien trop proche, chose dangereuse en soit… Je ne m’en rendis compte que trop tard…
Je fus brusquement attrapé par l’épaule par Ezekiel, pour me retrouver face à lui. La violence de son geste n’était rien par rapport à celle que je pouvais déceler sur son visage. Sa main
s’abattit sur ma joue avec une brutalité que je ne lui avais jamais connue, me faisant chanceler sous le coup porté. D’une voix dangereusement basse qui provoqua chez moi de violents frissons de
terreur, il déclara :
- Il me semble que nous nous étions mis
d’accord sur ce point, non ? Tu as rompu notre accord, alors assume tes actes et regarde la mourir…
- Nooon ! M’exclamai-je, en sentant
vibrer mon âme de douleur et de peur.
Instinctivement, je me plaçais entre lui et la maison où elle vivait. De toutes mes forces, j’allais empêcher cela, même
si je devais le payer de ma vie. Ezekiel se jeta sur moi, me poussant brutalement sur le côté de façon à lui libérer le passage. Dépassant mes capacités, il entra dans la maison, sans que je
puisse le rattraper. A peine fut-il dans sa chambre, qu’il l’attrapa Elisabeth par le cou, un sourire dépeint sur ses lèvres tel que je les haïssais. Alors qu’il allait planter ses crocs dans la
veine qui palpitait au niveau de son cou, je me jetais de toutes mes forces sur lui dans le but de lui faire lâcher prise, ignorant volontairement que tout cela était vain. D’un revers de la
main, il m’expulsa de nouveau. En me voyant tomber, Elisabeth poussa un cri d’horreur et d’une voix emplie de surprise, elle s’exclama :
- A… Adriel ? Est-ce vous ? Je
vous en prie… Dites-moi ce qui se passe…
A l’entente de mon nom d’humain, tout me revint clairement. La soirée où tout avait basculé. Adriel… C’était mon vrai nom. Je n’étais pas ce qu’Ezekiel avait tenté de me faire croire. Je ne pus
que murmurer son nom d’une voix brisée et emprunte de tristesse. Mais Ezekiel ne semblait pas vouloir me laisser de
répits, ce n’était pas dans sa nature, tout en lui respirait le mal…
- Comme tu l’aimes ta belle jouvencelle,
clama-t-il en riant avant de reprendre plus enragé que jamais. Tu risque ta peau pour cette catin, s’exclama-t-il furieux, mais avec quoi est ce que tu réfléchis ?
Elisabeth émit un cri de surprise face à son excès de rage, et reportant son attention sur elle, il déclara calmement, un sourire diabolique étirant ses
lèvres :
- Ici s’arrête ta vie ma chère… Quel
dommage, de mourir si jeune par le simple fait qu’il soit amoureux de toi… Tout cela est de ta faute vois-tu !
- Qu’est ce
que… Qu’est ce que tout cela signifie ? Demanda Elisabeth en palissant soudainement, se tourna vers moi, toujours étendu sur le sol, trop faible pour faire quoi que ce soit.
Chaque mot prononcé par Ezekiel était un poids supplémentaire, nourrissant cependant ma haine.
- Adriel… Expliquez-moi ce qui se passe, je
vous en prie… Que signifie tout cela ?
Aussitôt, Ezekiel m’attrapa par le cou et en un lien d’œil, je fus entre ses bras, lamentable et vulnérable dans le reflet de ses yeux. Tout contact avec lui me révulsait, mais pas autant que son être et ses actes. D’une voix qui cachait mal le sentiment de délectation qui le faisait vibrer de satisfaction, il déclara sans se départir de son maudit sourire :
- Oui,
Alakhiel, explique-lui ! Dis lui comment elle va mourir !
Dans un vain espoir, je gémis pitoyablement :
- Je vous en
prie. Epargnez-là… Je… Je ferais ce que vous voudrez…
- Tu m’as déjà servi ce refrain la dernière
fois, s’exclama-t-il furieusement.
Puis, se tournant vers Elisabeth, il la saisit par les cheveux et d’un geste vif, son visage sur à seulement quelques centimètres du mien. Tout mon corps était criblé de douleur, comme des spasmes qui semblaient ne jamais prendre fin, m’empêchant de faire quoi que ce soit. Une lueur
bestiale et malsaine étincela dans son regard de braise, tandis que d’une voix redevenue calme, il déclara, caressant
tendrement les cheveux soyeux d’Elisabeth, humant son odeur à plein nez :
- Ton cœur bat si vite… Aurais-tu
peur ? Peur de mourir ? Je peux entendre les battements frénétique de ton cœur qui s’emballe dans ta poitrine, murmura-il en posant sa main sur son cœur. Je peux sentir ton sang
palpiter dans tes veines qui ressortent sous ta peau pâle en une sensuelle invitation à venir y goûter... Me laisseras-tu boire ton sang, ma chère ? Je frémis à l'idée de sentir l'exquise volupté
de ton sang se répandre dans ma gorge, tiède et savoureux comme le plus doux des arômes, de te sentir t'amollir dans mes bras alors que je te vide de ton sang avec une lenteur extrême qui te
mènera de vie à trépas en une longue et interminable attente. Puis, ton corps finira par se raidir totalement alors que j'aspirerais hors de toi la dernière goutte de ton sang, comblant mon désir
insatiable et à ce moment là seulement, tu rendras ton dernier souffle. A jamais belle, froide comme une pierre tombale, tu erreras dans la mort...
Effrayé tout autant que je l’étais, mais pour d’autres raison, Elisabeth laissa s’échapper un hoquet de sanglot, alors que son regard se détournait de celui du
monstre. Puis d’une voix suppliante, elle s’exclame :
- Libérez-moi, je vous en prie… Laissez-moi
m’en aller…
Sa main n’emprisonnant plus mon cou, il continuait d’exercer une pression insoutenable sur moi. Je pouvais le sentir frissonner de pure exaltation, prenant plaisir à lui torturer l’esprit, encore plus qu’avec ses autres proies.
Un sourire cruel naquit sur ses lèvres et la vue de l’étincelle meurtrière qui luisait dans ses yeux me réveilla de mon effroi. Je me jetais une fois de plus sur
lui, afin de tenter de protéger Elisabeth d’une mort certaine. Mais comme la première fois, ce fut peine perdue. Me
saisissant par le cou, il me porta à bout de bras, tandis que mes mains attrapaient ses poignets, je tentais désespérément de lui faire lâcher prise. Comme perdu dans sa folie, une idée sembla
lui traverser l’esprit, et avec un rictus satanique dépeint sur le visage, il déclara :
- Et si… Au lieu de la tuer, je lui offrais
le don obscur ?
Je ne répondis rien, en étant de toute façon incapable, me contentant de me débattre alors qu’il amplifiait la pression de ses doigts autour de mon cou en une menace non feinte. C’était une chose de suffoquer en étant humain, mais mes nouvelles perceptions de vampire me rendaient le mal-être encore plus abominable et éprouvant. Lentement, il amplifiait la pression, me faisant perdre peu à peu conscience. Il me ramena vers lui, et lorsque mon visage ne fut qu’à quelques centimètres du sien, il déclara :
- J’ai laissé
passer trop de choses ces dernières années, Alakhiel, j’ai été beaucoup trop indulgent avec toi. Sais-tu pourquoi je t’ai choisi ? Parce que tu as cette haine et cette rage en toi, mais trop
attaché à ta vie humaine, tu te refuses à laisser ta vraie nature rependre le dessus. Tu est lâche et misérable Alakhiel, tu ne vaux absolument rien. J’aurais mieux fait de te laisser mourir
après t’avoir vidé de tons sang au lieu de faire de toi un enfant de la nuit.
- Vous êtes un monstre, soufflais-je.
Je rajoutais, plus pour me convaincre que pour le convaincre lui :
- Je ne suis pas comme vous…
- Oh si tu l’es, murmura-t-il. Toi et moi
nous sommes pareil… Nous sommes nés pour tuer, Alakhiel…
Son esprit s’infiltrait dans le mien, sans qu’il en ait véritablement conscience, tentant de me faire ployer sous sa volonté.
- Arrêtez ça tout de suite !
M’écriais-je.
- Alors prends-là, Alakhiel !
S’écria-t-il. Tue-la et débarrasse-toi de cette humanité qui te ronge. Pour toi la souffrance est atroce, tu la ressens parce que tu es un vampire, Alakhiel, cesse de renier ta vraie nature… Tu
résiste au seul remède qui t’apporterais la paix…
Le pire était de savoir que ses paroles était empreinte de vérité. A bout de force moralement, je m’exclamais tout de même :
- Je ne peux pas …
- Songe gamin, que tout ce qui t’attend,
c’est de la regarder vieillir au fil des années, annihilant toutes possibilités d’être un jour un vampire sain d’esprit, noble et puissant. Tu t’adonnes à tes remords et à ta culpabilité que tu chéries tant et tombe
dans la décadence…
- Taisez-vous, le suppliais-je, cessant de
me débattre pour porter mes mains à mes oreilles, dans l’espoir d’échapper à cette vérité trop cruel qui me frappais
brutalement.
Ezekiel voyait plus profondément en moi que je n’en serais jamais capable ; une vérité qui ne devait m’être dévoilé.
Sans tenir compte de mes supplications, il poursuivit son réquisitoire passionné :
- Tu es un vampire de la pire espèce…
Amoureux de tes remords et de ta culpabilité, tu te complains dans ton malheur et ta souffrance alors que tu as la possibilité de tout faire cesser…
Me lâchant, il se retourna vers Elisabeth pétrifiée de terreur et d’un violent coup de coude, il la bouscula dans mes
bras, m’offrant le contact que je n’avais jamais eu d’elle durant ma vie humaine, faute de l’avoir espéré. Son cœur battait si vite… Et sa peur venait vriller mes tympans. Comment pouvait-il
jouir de pareille souffrance d’autrui ?
- Tu as le choix, déclara-t-il. Tu as la
possibilité de la tuer rapidement sans la faire souffrir ou de prendre ton temps, mais fait le ! Tue-la ! Si tu ne le fais pas, c’est moi qui m’en chargerais et ce ne sera pas de la
manière la plus douce. Si c’est moi qui la tue, elle agonisera lentement dans d’atroces souffrances… A toi de prendre ta décision, Alakhiel !
Je ne supportais plus qu’il m’appelle ainsi. Si je ne détenais pas la vie d’Elisabeth entre mes mains, j’aurais ôté la mienne sur le champ. J’étais incapable de protéger celle que j’aimais. Je
restais silencieux, immobile, pitoyable comme il le disait… A bout de patience, il s’exclama, de plus en plus énervé :
- Ma patience à des limites !
Une rage immonde semblait luttait dans l’esprit de Ezekiel, prêt à tout pour arrivé à ses fins. Constatant que je me
refusais encore à lui ôter la vie, me demandant une chose que je ne pouvais faire, déchiré entre les deux seules possibilités que je ne pouvais et ne
voulais pas voir accomplie, Ezekiel saisit violemment Elisabeth par les cheveux et l’attira
à lui sans aucun ménagement. Elle laissa s’échapper un cri de surprise qui se transforma bien vite en hurlement de terreur alors qu’il découvrait ses canines acérées avant de plonger dans son
cou, la maintenant fermement contre lui. Cette image : j’avais prié ne jamais la voir. Ezekiel avait raison, sa mort entraînerait la mort de ma vie humaine. Mais il se trompait, jamais sa
mort ne me permettrait de devenir un vampire comme lui. En me choisissant, il s’était condamné à voir en moi un être qui le révulserait…
Entrant soudain dans un état second, je me jetais sur lui, le projetant violemment sur le sol avec une force que je m’ignorais. Sans perdre de temps, fou de
désespoir, laissant échapper toute haine, enroulant Elisabeth dans un flot d’amour perçut uniquement par elle et invisible aux yeux de tous, je mordis profondément dans la gorge de ma bien-aimée,
aspirant le sang qui s’échapper de la plaie causées par mes canines.
Je fis vite, me surprenant tout de même à savourer ce goût si différent de tous les autres, aspirant la vie d’Elisabeth, me condamnant à jamais. Plus sa vie s’échappait plus je me sentais sombrer. Ezekiel m’avait détruit,
tout comme il le faisait avec le reste du monde. Alors que les battements de son cœur allaient cesser, je fus brutalement entraîné par Ezekiel dans l’endroit le plus sombre de la pièce, s’avisant
du jour qui se levait. M’empêchant de pleurer sa mort, d’admirer une dernière fois son corps animé par un souffle de vie, je me laissais faire. Hagard, je ne savais pas ce qu’il faisait, mais je
fus brusquement jetais dans une pièce totalement noire par Ezekiel, avant qu’il ne m’y rejoigne. Fermant la trappe par laquelle nous étions rentrés. Perdu, je me laissais tomber à genoux sur la
pierre glacée et humide. Ezekiel déclama furieux plusieurs paroles que je ne pris pas la peine d’écouter, en étant tout bonnement incapable. J’étais vide… Le goût du sang de celle que j’avais
aimé était encore imprimé dans ma bouche. J’étais pris de stupeur d’avoir aimé le goût de son sang, la saveur de sa vie… C’était le meilleur que je n’avais jamais bu. Son sang coulaient maintenant dans mes veines, me rendant compte que j’y avait pris du plaisir. Aussi, je me contentais de murmurer
une pensée qui s’imposait à moi :
- Notre place est en enfer…
Ezekiel ne répondit rien, me laissant seul et s’éloignant de moi. Je rampais jusqu’au coin opposé au sien, comme si je m’éloignais du propre mal qui m’habitait à présent, celui que j’avais
toujours fuit. Il avait finit par me rattraper, et de la plus odieuse des façons qui soit…
Durant les jours qui suivirent, j’étais comme éteint. Plus rien n’attirait mon regard, me laissant dépérir en perdant cette vie qui m’avait animé toutes ses années. Le manoir était devenu mon seul lieu de vie, ne chassant plus que quelques rats au détour d’un couloir lorsque la faim était trop douloureuse. Ezekiel poursuivait sa vie de vampire, sortant chaque jour, constatant dans son regard lorsqu’il se déposait sur moi qu’il me perdait…
Paris, 16 décembre 1759
Encore une nuit de plus qui commençait, une nuit si infinie et si cruelle. Chaque jour, je rêvais de la mort d’Elisabeth et de cet instant avec Ezekiel, et à peine
eussè-je ouvert les yeux que je me sentais accablé par ce poids qu’aucun humain n’aurait pu soutenir. Cette nuit là cependant, quelque chose changea et ce dès mon réveil. Alors que je pouvais
entendre Ezekiel quitter le manoir, je sus que je ne pourrais supporter sa vue une fois de plus. Je me trouverais la paix
en sa présence qu’en lui donnant la mort, et cela j’en étais incapable. Cette nuit là, je me sentais étouffé, et je pris
la décision de faire ce que depuis longtemps j’aurais du faire. Fuyant la solitude, j’avais été responsable de la mort d’Elisabeth, mais cela ne me faisait pas lui pardonner. C’est uniquement
seul que je pourrais m’en remettre, ou du moins, seul que je pourrais décider moi-même de mon avenir. J’étais sur le balcon, enroulé dans une cape qu’Ezekiel m’avait offert un an auparavant.
J’avais vécu beaucoup avec lui, en si peu d’années, mais notre séparation était inévitable. Me redressant, vacillant à cause du manque de sang, je pris ma décision. Sautant du balcon, j’atterris
un peu trop lourdement sur le sol. Mais cela ne m’empêcha pas d’entamer une course à une allure raisonnable. Il fallait que je m’éloigne.
Au fond de moi, une petite voix me murmurait que ce n’était pas un adieu définitif et que je serais amené à le revoir. Mais cela entraînerait forcément la fin de l’un de nous deux…
A suivre...
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