Jeudi 25 décembre 2008 4 25 /12 /Déc /2008 19:51
Merci à Ambre, Dadoune, Elodiedalton et Aline pour vos commentaires sur le chapitre précédent de cette histoire. 
Voici un nouveau chapitre, petit cadeau de noel, qui je l'espère vous plaira :).

Bonne lecture et surtout Joyeux Noel ^^ !


Chapitre 4

 

Très brusquement, cette faim qui me torturait avec douceur fut totalement dissimulé derrière une souffrance que je n’avais jamais connu. Je n’arrivais pas vraiment à mettre un mot sur ce que j’étais en train de vivre, mais j’avais cette cruelle impression que l’on était en train de m’arracher quelque chose d’extrêmement précieux, aussi précieux qu’un simple battement de cœur qui offrait la vie et la faisait subsister. Ma vue était totalement voilée et je me trouvais dans le noir, un noir si absolu que je me croyais perdu à jamais. Mon corps, salit par ce liquide carmin était maintenant parcouru de spasmes et de contractures de plus en plus violent. Je n’avais aucune idée de ce qui était en train de m’arriver, mais je sentais la vie m’abandonner totalement. Pourtant, ma conscience était encore là. Je pouvais ressentir la souffrance physique, mais je semblais être uniquement spectateur, n’appartenant plus à ce corps en train de disparaître pour se transformer en quelque chose qui m’apparaissait comme monstrueux. Mes yeux se révulsèrent et je ne pus que laisser échapper de ma bouche entrouverte, un cri de douleur muet. La peur m’envahit d’un seul coup, un peur sourde que je n’avais jamais ressenti aussi vivement, une peur à laquelle chaque être humain est soumis : la peur de mourir. Car c’était bien cela qui était en train de m’arriver. Une à une, je perdis toute mes perceptions, me faisant sans m’en rendre compte et bien trop violemment, tomber dans l’inconscience. J’eus le temps de laisser aller un dernier souffle pour abandonner soudain, trop facilement tout effort de survie. La seule chose que je pouvais percevoir de manière faillible était une présence proche de moi, dont je n’arrivais pas à déterminer la nature. Elle semblait jouer à la fois le rôle du protecteur, mais avait aussi quelques chose de terrifiant et de terriblement dangereux. Le froid envahissait peu à peu mes membres, un froid si éthéré qu’il était semblable à celui de la mort, un froid qui paralysait peu à peu la totalité de mon être jusqu’à faire cesser de battre mon cœur. Ce fut une douleur soudaine à la fois tellement vive et tellement pure qui me fit soudain perdre l’esprit, et je sombrais brutalement dans l’inconscience.

 

Lorsque j’ouvris les yeux, j’avais cette impression cruelle que l’on m’avait changé de corps. Il était indéniable que celui que j’habitais à présent était différent, tout comme mes souvenirs au sujet de ce qui m’avait amené jusqu’ici. Je ne gardais de la nuit dernière qu’un pâle souvenir brouillé, d’où rien de clair ne se démarquait. Alors que je tentais de bouger, découvrant mon corps tel un nouveau né, ayant du mal à être maître de ceux-ci, la panique et la peur commençaient à se saisir de moi. Ne pas comprendre ce qui m’arrivait, réaliser que cela n’était pas un simple mauvais rêve avait quelque chose d’effrayant. Je le savais, j’étais différent, ma perception du monde était différente, et il s’était passé quelque chose, mais je ne savais pas quoi. Tout semblait si irréel que je ne parvenais à dire si je n’étais finalement pas dans un monde différent. Encore allongé sur ce qui semblait être un lit je me redressais et ce fut à ce moment là que j’entendis une voix légèrement moqueuse qui me glaça le sang à cause de la surprise :
-
              Alors, c’est que maintenant que tu te réveilles ? Je t’attends depuis un moment déjà…
Je ne pus que sursauter, ne m’attendant pas à partager la pièce avec une autre personne. Ne pouvant que reposer ma colère liée à ma peur sur lui, trouvant un responsable parfait à mon état, je m’exclamais furieux, sans prendre le temps de répondre à sa question qui était le cadet de mes soucis :
-
              Où suis-je ? Qui êtes-vous ? Que m’avez-vous fait ?
-
              Commence déjà par te calmer, répondit-il d’un ton sec qui n’acceptait pas de réponse.

L’angoisse me serrait la poitrine, mais je tentais de me contrôler, comprenant qu’il ne fallait pas chercher cet homme. Je savais que ma place ici dans ce lit et mon état actuel était lié à cet homme, mais toujours ce même brouillard sur le passé que je ne parvenais pas à lever, l’esprit totalement brumeux. Le silence régnait dans la chambre, n’osant rien lui répondre. Satisfait, il me demanda, plus en guise de confirmation que dans l’attente d’une réponse :
-
              T’es calmé ?
Ne supportant pas son petit air supérieur, qui ne faisait qu’attester de la toute puissance qu’il avait sur moi, je ne puis que lui adresser un regard meurtrier. Je ne savais pas vraiment pourquoi, mais je haïssais cet homme. Cela était certainement lié à ce qui s’était passé avant. Je lui en voulais pour plus d’une raison. Il semblait en savoir bien plus sur moi, que moi au moment actuel. Poursuivant dans sa lancée, sans répondre à mon agressivité, il déclara d’une voix calme et posée, synonyme de l’assurance qui l’habitait et qui me faisait cruellement défaut :
-
              Bonsoir Alakhiel...
-
              Comment m’avez-vous appelé ? Demandais-je, la crainte remplaçant instantanément la colère.

-              Alakhiel, répondis-il patiemment, contrastant avec mon état de part son sang froid.
Jamais je n’avais entendu ce nom, et il ne me semblait pas familier, même dans mes vagues souvenirs. Comment cet homme qui n’avait rien d’humain, connaissait-il mon nom ? N’était-il pas en train de se tromper de personne ? Cette situation n’était-elle pas en fait, un terrible mal entendu ?
N’ayant pas de réponse
s satisfaisantes à mon sujet, je décidais d’en choisir d’autres parmi la foules de questions qui se bousculaient dans mon esprit.
-
              Qui… Qui êtes-vous ? Demandais-je, non sans appréhension. Qu’est ce que je fais là ?
Mon vis-à-vis ne cacha pas sa surprise et me demanda, sans prendre la peine de répondre à mes questions :
-
              Tu ne te souviens de rien ?

Assis en face de lui, je restais silencieux, tentant de distinguer quelque chose de précis parmi les impressions et les ressentis qui me restaient de la veille. C’était comme si je venais de vivre une profonde coupure entre ma vie d’avant et ma vie de maintenant. Plongeant dans mes tentatives de souvenirs, je finis par répondre honteux et gêné de cet homme qui en savait bien plus :
-
              Je… Non, c’est encore tout embrouillé…
-
              Ne t’inquiète pas, tes souvenirs reviendront, mais pour le moment il est préférable que tu ne cherches pas à t’en souvenir. C’est encore trop tôt, tu n’es pas assez fort…
Totalement perdu et apeuré, je répliquais :
-
              Qu’est ce qui est encore trop tôt ? De quoi parlez-vous ? Et puis, d’abord qui êtes-vous ? Vous n’avez pas répondu à ma question…
Je savais que j’étais en train de jouer avec le feu, mais c’était plus fort que moi, je ne pouvais pas m’en empêcher, supportant de moins en moins sa primauté sur mon être. Mais c’est avec patiente qu’il me répondit :
-
              Je m’appelle Ezekiel. Et je suis ton créateur.
A sa dernière phrase, je ne pus que m’exclamer :
-
              Mon quoi ?

-              Tu ne te souviens vraiment pas ? Hier soir, ajouta-t-il face à mon hochement te tête négatif, j’ai bu ton sang et j’ai fais de toi une créature de la nuit… Tu es un vampire à présent…
A cet instant là, je sentis le sol s’affaiss
er sous mes pieds. Dans d’autres circonstance, je l’aurais pris pour un fou, mais j’avais peur de mettre fois en ses paroles qui me semblaient cruellement véridiques. C’est pourquoi, plus par angoisse que par moquerie, je me mis à rire de façon hystérique, ne souhaitant pas croire un traitre mot de ce que cet homme qui s’apparentait maintenant plus à un fou, était en train de me raconter. Vexé que je ne le prenne pas au sérieux, il s’exclama bien trop vivement :
-
              Regarde-toi ! Regarde tes mains ! Et si cela ne suffit pas, regarde dans ce miroir…
Prenant son exclamation au sérieux, je posai mon regard sur mes mains, et mes yeux s’agrandirent d’effroi, confirmant ce que j’avais crains jusqu’à maintenant. Celles-ci s’étaient affinées et mes ongles étaient à présent aussi durs et longs que des griffes acérées. Ce n’était plus mon corps, je n’étais plus la même personne que dans mes souvenirs.
Furieux, je m’exclamais :
-
              Qu’est ce que vous m’avez fait ?
-
              Je te l’ai dit, j’ai fais de toi un vampire… Alakhiel… Prince de la nuit…
Je ne pus que pâlir à cette appellation et ce fu
t seulement lorsque l’instant de surprise et d’incompréhension fut passé que je fus envahis par une haine à son égard qui n’avait pas de nom. Sans prendre le temps de réfléchir, je me jetais sur lui, le saisissant à la gorge en m’exclamant, les yeux embrumés par les larmes de rage :
-
              Noon ! Vous mentez !

-              Pour quelle raison le ferais-je ? Demanda-t-il à présent agacé de mon comportement.
Réalisant alors seulement maintenant que tout ceci allait bien au-delà d’une simple farce, je le lâchais comme si je venais de me brûl
er au contact de sa peau qui semblait tout aussi irréel que la mienne. Je me précipitais vers la porte et alors que j’esquissais un geste pour l’ouvrir, celle-ci me résista. Dans la panique la plus totale, au bord de l’hystérie, la peur guidant mes faits et gestes, je tambourinais des poings contre la porte en m’écriant :
-
              Laissez-moi sortir !

-              Mais je ne te retiens pas, fit-il remarquer avec calme. Tu es libre de sortir. De plus ajouta-t-il avec ironie, et une pointe de sadisme, tu dois avoir faim… Ne le sens-tu pas ? Cet instinct de chasseur qui s’éveille en toi ? Ce désir insatiable qui s’embrase en toi au point de te faire vibrer… Ne frémis-tu pas à la simple idée d’une veine palpitante de vie roulant sous tes crocs, en sentant la vie de ta victime s’échapper de son corps inerte ?
Lentement, je me retournais et lui lançais un regard perçant, tentant de le comprendre. Je finis par murmurer d’une voix qui cachait mal la peur qui m’habitait :
-
              Vous êtes complètement fou !
Il éclata de rire face à cette accusation et le regard que je lui lançais alors n’en fut que plus dur et accusateur. J’avais peur de lui, tout comme j’avais peur de donner foi en ses paroles. Les yeux brillants d’une lueur de satisfaction, signe de la folie qui l’habitait, il esquissa un sourire sadique que j’avais maintenant en horreur et déclara :
-
              Mais qui est le plus fou des deux ? Celui qui le sait ou bien celui qui accuse l’autre ?
Je ne pus que rester muet, était à dix mille lieux de m’attendre à une telle réponse de sa part. Puis, reprenant le contrôle de moi-même, je m’exclamais plus pour moi-même que pour cet être auquel je ne pouvais donner le nom d’homme :

-              Je refuse de devenir votre jouet ! Je ne deviendrais pas comme vous ! Vous êtes le mal en personne et je refuse de finir comme vous, fou à lier et monstrueux !
-
              Et bien il faudra t’y faire ! S’exclama-t-il en retrouvant son sérieux, comme lassé.
-
              Jamais ! M’écriais-je avant de courir à travers la pièce et de sauter par la fenêtre qui vola en éclat.
C’était mon instinct qui m’avait guidé, et la seule issue que j’avais trouvé à ce piège qui se refermait trop douloureusement sur moi. Arrivé sur le sol avec une légèreté qui me déconcerta, je me redressais et courait le plus vite qu’il m’était donné de le faire. Il fallait que je m’éloigne de cette créature qui m’avait contaminé
e. Peu à peu, mes souvenirs devenaient plus clair, mais je ne voulais pas me souvenir. Au plus profond de moi, je savais qu’il n’avait fait que me dire la vérité, ce saut par la fenêtre n’avait fait que le confirmer, mais je ne voulais pas l’accepter. De plus je courais lestement sans même me fatiguer, sans même ressentir un simple essoufflement ou une faiblesse. La seule chose que je ressentais, c’était cette faim que m’avait décrite Ezekiel et qui commençait effectivement à me tirailler. Mais je ne pouvais pas l’admettre, car cela donnerait raison à ce vampire.

Il faisait nuit, et seule la lune éclairait ma course. Pourtant, j’avais l’impression d’être en plein jour et de découvrir le monde dans lequel j’avais grandi sous un regard nouveau. Ce qui était éloigné de moi me semblait si près et la façon dont je pouvais distinguer les détails en était presque effrayante. Mais c’était loin d’être le seul sens à être amplifié. Chaque odeur parvenait à mes narines, et je parvenais à les distinguer très nettement les unes des autres. Quand aux sons, le plus minime, même le souffle d’un petit rongeur à mille mètres d’ici pouvait me parvenir. J’entendais surtout son cœur battre, provoquant mon essence, souhaitant accorder le mien au sien. Je finis par m’arrêter de courir. Je m’étais volontairement éloigner de la ville, ne souhaitant croiser personne dans mon état. Seulement, j’étais loin de vouloir m’extasier sur mes capacités. J’avais en horreur ce que j’étais en train de devenir. Je marchais d’un pas rapide, étant maintenant très près de la forêt. Je finis par m’arrêter, jugeant inutile d’aller plus loin. Inconsciemment, je m’assis sur un petit muret à la lisière de la forêt et scrutait une maison qui m’était familière. Le souvenir revint presque immédiatement : Elisabeth. La suite suivit tout naturellement, jusqu’au moment où Ezekiel m’avait attiré dans cette chambre et m’avait mordu après avoir profité de mon corps de la plus douce des manières qui soit. J’eus un bref sentiment de répulsion vis-à-vis de nous, et de ce qu’il m’avait forcé à faire. Ce que je ne comprenais pas, c’était pourquoi il m’avait fait à son image. Pourquoi avait-il choisi de faire de moi un vampire au lieu de me tuer ? Pourquoi ne m’avait-il pas laissé le choix ?
Ma condition m’empêchait maintenant de retourner à mon ancienne vie, annihilant toute possibilité de ne serait-ce que parler une dernière fois à Elisabeth. Que dirait-elle en me voyant ? Elle prendrait peur, cette même peur qui me saisissait actuellement. Je ne pouvais qu’être là, à regarder cette maison. Etait-elle en ce moment en train de dormir paisiblement dans son lit ? Je sentais sa présence, mais ne cherchais pas à en percevoir plus sur elle. Me contenter de la savoir ici, loin de ce monde dans lequel je venais d’être entraîné. J’avais mal, mal de ne plus avoir le droit de l’aimer, souffrant de ne jamais lui avoir dit : « Je vous aime ».

Je restais là, sans bouger, laissant le temps défiler, me contentant de fixer la maison, tentant de ne plus penser à rien d’autre qu’à cette femme que j’aimais encore passionnément. Ce ne fus qu’au petit matin, que j’entendis dans un murmure provenant de Ezekiel qui s’était rapprocher de moi sans que je ne m’en aperçoive :
-
              Il nous faut partir. Le soleil va bientôt se lever et tu n’as toujours pas mangé. Il faut te nourrir…

-              Je ne bougerais pas d’ici, répondis-je calmement.
Je désirais rester là, à songer encore un peu au futur idéalisé que nous aurions pu vivre. Après tout, il ne me restait que cela. Seulement agacé par mon attitude, il soupira de lassitude et sur un ton qui dissimulait mal ses ressentis il déclara :
-
              Ecoute, je fais cela pour toi, mais si tu préfères te laisser mourir ici c’est ton problème.
-
              Et qui vous dis que ce n’est pas ce que je souhaite ? Rétorquais-je.
De toute façon, je n’avais plus rien qui me retenait ici, pas même une main tendue qui allait m’aider à me hisser de cet enfer. Il n’y avait en fait qu’Elisabeth qui me retenait et l’espoir fou d’un amour possible qui persistait…
Aux derniers mots que je venais de prononcé, Ezekiel laissa échapper un rire sonore et moqueur qui eut pour effet de m’énerver d’avantage. Je lui adressais un regard meurtrier qui ne l’intimida pas le moins du monde, et il me demanda entre deux éclats de rire :
-
              Tu crois vraiment que tu serais prêt à l’abandonner ?

Comprenant immédiatement le sous-entendu, mes yeux s’agrandir d’horreur et d’une voix emplie de terreur, je m’exclamais :

-              Co... Comment savez-vous ?

-              Je sais beaucoup plus de chose que tu ne le penses, répondit-il avec sérieux en s’approchant dangereusement de lui.
Tétanisé, j’esquissais un pas en arrière, et perdant toute mon assurance, je murmurais, maintenant saisit d’une peur plus profonde que celle de perdre ma propre vie :
-
              Je... Vous ne lui ferez aucun mal...

-              Je ferais ce qui est nécessaire pour que tu l’oublies ! S’exclama-t-il menaçant, comme s’il ne supportait pas de me voir ainsi pour cet amour qui me rattachait encore à la vie.

Face à cette menace implicite, mes yeux s’écarquillèrent d’horreur et d’une toute petite voix, je m’exclamais, comme désespéré :

-              Je vous en prie, ne la touchez pas… Je ferais ce que vous voudrez, mais épargnez sa vie…
Sa vie était ce qui me tenait encore à la mienne. Je ne pouvais que le supplier, me pliant totalement à sa volonté, priant pour qu’il accepte de ne pas lui faire du mal. Agenouillé, je tremblais, j’étais prêt à tous pour lui sauver la vie. Je l’aimais et cet amour me préparait à surmonter n’importe quoi. Si ce vampire désirait que je me plie à ses envies, les plus malsaines soit-elles, alors que je le ferais. Ma vie de mortel idéalisé avait pris fin à l’instant même o
ù j’avais croisé le regard d’Ezekiel et le don qu’il m’avait fait me condamnait pour l’éternité. Il ne cessait de me regarder, comme écœuré et dégoûté de mon état. Soudain, il déclara avec hargne :

-              Soit !
Il m’empoigna alors par le col, et me souleva avec une facilité déconcertante au niveau de son visage. Lorsque je fus à seulement quelques centimètres de lui, tremblant de peur, il murmura d’une voix qui me fit frissonner :

-              Je ne veux plus jamais que tu reviennes à cet endroit. Oublie-la ! Où je serais forcé de la tuer…

Sur ces menaces, il me lâcha sans ménagement, et sans un regard en arrière, il prit le chemin de son manoir. Passant ma main sur mon cou, le massant légèrement, je regardais une dernière fois la maison, comprenant que jamais plus je ne reviendrais ici. Résigné, sauvant la vie d’une femme qui ne se souviendrait plus de moi que comme un vague souvenir, je suivis Ezekiel. Plus nous marchions et plus je sentais un manque abyssale s’emparer de moi. C’était comme une faim si importante que rien ne semblait pouvoir faire taire. Pourtant, je n’en fis surtout pas part à Ezekiel.

Lorsque nous arrivâmes à son repère, les premiers rayons de soleil pointaient déjà à l’horizon, inondant le ciel de couleurs vives et chatoyantes. Nous allâmes directement dans sa chambre. Découvrant les lieux pour la première fois, je pus apercevoir un cercueil trônant au centre de la pièce. Ezekiel se tourna vers moi et rompit le silence qui s’était installé entre nous depuis que nous avions quitté la maison d’Elisabeth :

-              Tu dormiras avec moi cette nuit, et demain nous irons te trouver ton propre cercueil.
Ce fut non sans hésitation que je pris place dans le cercueil, étant loin d’être à l’aise à l’idée d’y dormir. Lorsque je fus installé, le vampire vint prendre place à mes côtés avant de nous plonger dans noir. Une angoisse m’envahie aussitôt, me rappelant ma crainte des endroits exigus durant ma vie de mortel. Tout contre lui, je ne parvenais à faire taire cette agitation, mêlée à une faim de plus en plus insupportable. Ne tentant pas en place, je gesticulais dans tous les sens, à la recherche d’une position qui permettait de faire taire en moi cette chose qui hurlait famine. Etant collé contre Ezekiel, celui-ci ne tarda pas à se tourner vers moi et à s’exclamer avec agressivité :
-
              Quand tu auras finis ton cirque peut être que je pourrais dormir ! C’est de ta faute si ta faim, alors maintenant tu prends ton mal en patience et tu dors ! La prochaine fois que tu bouges je te fous dehors !
Prenant sa menace très au sérieux, je ne répondis rien, tentant au mieux de faire taire cette faim qui me dévorait de l’intérieur. Seulement, je ne tins qu’un temps, la faim étant trop grande, je ne pus me contenir, à la plus grande exaspération d’Ezekiel. Jamais je n’avais ressentis un tel besoin de me nourrir. A bout de patience, Ezekiel se tourna de nouveau vers moi et de son bras, il me plaqua contre la paroi du cercueil. Très vite, n’ayant pas le temps d’avoir réellement peur, il me présenta son poignet dont il venait de couper la veine. Après un court instant d’hésitation, ce ne fut pas ma raison qui me poussa à l’attraper et je m’abreuvais de son sang qui coulait à flot. Je n’aurais su décrire le bien que cela me prodigua. Son sang coulait à flot dans ma gorge et pour rien au monde je n’aurais voulu que cela cesse. Une sensation de chaleur engourdissait peu à peu mes membres, m’enivrant comme jamais. Je perdais peu à peu tous ressentiments, ne vivant plus que pour ce sang qui caressait mes lèvres avec volupté. Chaque goûte de ce liquide carmin m’était la plus précieuse du monde, et je me faisais violence pour ne pas penser à sa provenance. Puis, jugeant que j’avais suffisamment bu, il retira son poign
et, accompagné d’un sentiment de frustration pour ma part. Celui-ci fut vite tu par sa voix froide et sèche qui m’intima :
-
              Maintenant dors !
Provisoirement serein, je me laissais aller à fermer les yeux, suivant de peu Ezekiel dans son sommeil. Des peurs sourdes et profondes m’envahir pendant mon sommeil et je ne trouvais qu’un corps proche du mien comme réconfort à cette solitude qui commençait à me ronger. J’avais beau détest
er cet homme pour ce qu’il m’avait fait et ce qu’il allait me faire, il était maintenant le seul à faire parti de mon monde.
Je ne me réveillais que lorsque je sentis Ezekiel quitter le cercueil. Prenant sur le temps de me préparer à une nouvelle nuit en sa compagnie. Lorsque je consentis enfin à me lever, je le vis assis sur la rambarde du balcon, qui donnait le jardin. Il semblait contempler le ciel, observant la lune et les étoiles. Ses cheveux tombaient délicatement sur ses épaules. Je ne pouvais nier qu’il était vraiment un être de toute beauté, une beauté mortelle. Assis ainsi, il ne sembla pas percevoir ma présence. Quelque chose semblait émanait de lui. A le voir seul ainsi, à regarder vers un espace infini semblable à sa vie d’immortel, il reflétait une certaine mélancolie. Je ne savais pas si cela venait de moi, projetant mon état sur le sien, où s’il souffrait réellement. Arrivé à sa hauteur, d’une voix douce à laquelle je ne m’attendais pas, je lui demandai, me surprenant moi-même :
-
              Vous allez bien ?
Il se tourna vers moi, mais ne répondi
t rien, se contentant de me fixer de son regard perçant qui me rappelait sans cesse sa supériorité sur moi. Je ne pouvais nier le fait que j’étais contraint par lui, et non libre comme il l’aspirait pour sa propre vie. Le vampire que j’avais devant moi semblait être bien plus complexe que je ne le pensais. Je n’eus pas le temps d’aller plus avant dans mes réflexions. Il se détourna soudainement de moi et avant que je n’ai eut le temps de dire quoi que ce soir, il déclarait, d’un ton un peu trop sec et cassant :

-              Il est temps de t’apprendre à chasser…

Sur ces mots, nous nous mîmes en route et il me conduisit dans la taverne la plus réputée de la ville pour la classe sociale de personne qui s’y rendait. Si j’avais pu entrapercevoir Ezekiel assez torturé à notre réveil, ce n’était plus le cas maintenant. Il était redevenu le vampire froid parti en chasse. J’avais peur de comprendre ce qu’il attendait de moi, et l’angoisse commençait à me nouer les entrailles. Rien que le terme « chasser » me dérangeait. Je savais que nous devions nous nourrir de sang humain, mais l’idée de devoir tuer m’était impossible. Sans chercher à dissimuler notre présence, nous traversâmes la salle bondée pour aller nous asseoir à une table située dans le fond de la pièce, là où la lumière tamisée semblait nous assurée un minimum de discrétion. Une fois que nous fûmes confortablement installés sur la banquette de velours noir, je vis Ezekiel scruté la foule tel un prédateur choisissant avec méticulosité sa proie future. Si j’avais déjà côtoyé la foule du temps de mon vivant, c’était maintenant une expérience complètement nouvelle. Chaque personne avait une odeur différente, chaque sang coulant dans leur veine semblait avoir un goût différent. Un nouvel instinct était en train de naître et de croître en moi, et je n’avais de cesse que de le réprimer. A plusieurs reprises, des femmes de bonnes compagnies cherchèrent à se joindre à nous, mais il les rejetait sans ménagement, à monplus grand étonnement. Ezekiel prit alors du temps pour m’expliquer :
-
              Des chasseurs de notre rang se doivent de chasser des proies de qualité. Et quel plaisir y a-t-il à chasser des proies qui se jettent sous nos crocs… Non, le mieux, c’est d’attendre qu’une belle jeune fille pure et innocente s’égare en ce lieu…
Je ne pus que lui adress
er un regard outré et empli d’effroi alors qu’il éclatait de rire. Plus le temps passait et plus je le pensais complètement fou. Malheureusement, après peu de temps, je vis Ezekiel figer son regard sur une jeune fille, dans la fleur de l’âge. Emmitouflée dans une longue cape de tissus de qualité, je pouvais sentir émaner d’elle, tout comme Ezekiel, une amère odeur de tristesse. Horrifié qu’il la choisisse, je ne fis cependant aucun commentaire, me contentant d’observer la proie et le prédateur, me refusant à y être impliqué. Lorsqu’elle quitta la taverne, la mort dans l’âme, Ezekiel se leva et partit à sa suite. Je le suivis de près, ne pouvant faire autre chose. Nous la suivîmes durant un bien trop long moment à travers les ruelles sombres et mal éclairées, lieu parfait pour le crime qu’il allait commettre. Alors que sa proie tournait au détour d’une ruelle, il se tourna vers moi et déclara, une lueur de malice malsaine au fond des yeux :
-
              Observe !

Sans plus de cérémonies, il m’abandonna derrière lui et reprit son jeu. La fille s’était rendue compte de notre présence et je parvenais à entendre malgré moi son battement cardiaque accélérer considérablement alors que la peur grandissait en elle. Jouissant de son pouvoir, il continua un instant à l’observer avant de finalement se montrer à elle. Je ne comprenais pas comment l’on pouvait être aussi vicieux et mauvais, à dix mille lieu d’y voir une quelconque forme de plaisir à exécuter cela. A sa vue et semblant comprendre que sa vie était à présent entre les mains de ce monstre, elle laissa échapper un sanglot de terreur et s’agenouilla lamentablement à ses pieds, le suppliant :

-              Je vous en prie, sanglota-t-elle. Ne me tuez pas…
Alors que je pensais un instant possible qu’Ezekiel accède à sa requête, il lui demanda avec un calme qui contrastait avec l’intensité qui régnait autour de nous :
-
              Et pourquoi t’épargnerais-je ? Tu empestes la tristesse et le mal-être à des kilomètres, je peux te soulager… Ne t’inquiète pas, ajouta-t-il en la relevant. Tu ne sentiras rien…

Et avant qu’elle n’ait le temps de réagir, il planta ses crocs dans la veine chaude et palpitante de son cou. Même si la faim me tiraillait les entrailles, le dégoût et l’horreur furent plus fort. Si c’était cela être vampire, alors jamais je ne suivrais ma nature.

Avant qu’elle ne trépasse, Ezekiel m’appela et m’invita à le rejoindre avant de me jeter le corps inerte mais toujours vivant de la jeune fille dans mes bras, m’intimant l’ordre de l’achever. Engourdis par l’odeur du sang qui vint instantanément caresser mes sens, je commençais à abaisser ma tête vers le cou ensanglanté de la jeune fille. Sentant son cœur extrêmement ralentis, je repris conscience de ce qu’il était en train de me demander de faire. Rejetant le corps inerte de la jeune fille comme s’il me brûlait le corps, je m’exclamai :

 -             Je ne peux pas… Vous me demandez de la tuer…

-              Je te demande d’assumer ce que tu es ! S’exclama-t-il furieux face à ma réaction. Abandonne ton humanité Alakhiel, elle ne t’est plus d’aucune utilité.

Je ne pus que lui adresser un regard apeuré, totalement terrifié, avant de finalement m’enfuir en courant, seule et unique solution qui s’imposait à moi. Je courus aussi vite que mes capacités me le permettait. Cependant, sachant pertinemment qu’il finirait par me rattraper, je finis par m’arrêter sur le banc d’un parc, tremblant légèrement d’émotions toutes plus puissantes et violentes les unes que les autres. Ezekiel arriva après très peu de temps, sa colère étant si forte qu’elle me vrillait les tempes. Arrivé à ma hauteur, il m’attrapa par le col, sans me laisser le temps de réagir, et me souleva de terre, comme si je ne pesais rien. Une chose était sûre, même si je devais maintenant subir sa colère, jamais je ne regretterais de ne pas avoir mis fin aux jours de cette jeune fille.

-              Cesse immédiatement ces simagrées ! Tu es un vampire Alakhiel, comporte-toi comme tel ! S’exclama-t-il hors de lui. C’est cette fille qui te rend si faible… Peut-être devrais-je la tuer, pour qu’enfin tu te la sortes de la tête ! Elle te rend faible et misérable, tu ne vaux strictement rien Alakhiel, tu es pathétique.
Si je pouvais supporter sa violence aussi bien verbale que physique, le simple fait qu’il menace de toucher à Elisabeth me mit hors de moi. Un éclair de rage traversa mes prunelles, et d’un geste vif, sans la moindre réflexion, je laissais ma main atterrir sur sa joue. De surprise, il me lâcha et je me reculais précipitamment de quelques pas, réalisant la portée de mon geste, tandis qu’il portait sa main à sa joue. Une fine coupure zébr
ait sa joue et une goutte de sang s’en échappait. Un sourire démonique étira ses lèvres faisant vibrer mon être de crainte, tandis que la coupure cicatrisait instantanément. Léchant la goutte de sang qui perlait sur son doigt, il s’approcha de moi, et d’un geste vif que je n’eus pas le temps d’intercepté, il me saisit par le cou et me souleva à bout de bras. Suffoquant, je pus l’entendre me dire :
-
              Ne recommence jamais ça !

Et sans la moindre considération pour ma personne, il me jeta plus loin avant d’ajouter :

-              Si tu ne veux pas te nourrir soit, mais ne compte pas sur moi pour t'aider comme je l'ai fait la dernière fois. Nous verrons bien combien de temps tu tiendras le ventre vide, mais à mon avis, tu changeras vite d'avis lorsque tu commenceras à ressentir la faim. Maintenant vient, il nous reste une course à faire.

 

Paris, 16 avril 1752

Ce soir là, comme tous les soirs précédents, je suivais Ezekiel lors de ses chasses nocturnes, celui-ci gardant le vain espoir que je daigne enfin chasser ma première proie. Cela faisait maintenant trois jours que je n’avais toujours pas bu de sang, et la faim me rongeait constamment l’esprit. Je passais la journée à me tordre dans tous les sens dans mon cercueil, tentant de faire taire cette douleur qui possédait mon corps si violemment qu’elle me faisait perdre la raison. La seule chose qui m’aider à tenir, était de penser qu’il n’y avait rien de pire que de tuer. En me refusant à vider le sang d’un homme, je n’étais pas encore pleinement vampire. Dans mon cas, il était de toute façon plus facile d’avoir faim que de m’en vouloir à jamais par la suite. Malgré son indifférence, je pouvais sentir malgré moi Ezekiel s’inquiéter pour moi. Bien évidement, je me gardais bien de lui faire savoir, semblant croire que je ne parvenais à aucun moment à lire en lui. Certes, je ne saisissais que furtivement et sans que je m’y attende, de vagues impressions.

La faim revint me brouiller les pensées. Celle-ci était de plus en plus prenante, ses assauts violents ne me laissaient que peu de répit, et j’avais du mal à avoir plusieurs réflexions cohérentes à long terme. Ce soir là, il semblait simplement attendre, que je me décide enfin. Il m’avait enseigné comment vider une proie avec rapidité et efficacité, espérant que j’adopte cette méthode qu’il jugeait comme étant barbare à défaut de savourer le sang de ma victime. Mais cela prouvait qu’il ne pouvait pas m’obliger à manger. Je ne voulais pas céder, pour rien au monde et pourtant, je sentais au plus profond de moi que je ne pourrais échapper à cette tentation sans cesse grandissante qu’en trouvant un moyen de me donner la mort. Et cela m’était impossible, du moins tant qu’Elisabeth serait toujours en vie.


La suite dans la partie 2 ^^

Par Shinigami et Lybertys - Publié dans : Silent scream
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