Je lui adressais un regard offusqué avant de me lever brusquement et de quitter la table. Je ne parvenais pas à pardonner à Hayden ce qu'il avait dit tout à l'heure. Plus je le voyais, et plus il me répugnait et m'inspirait du dégoût. J'avais conscience que cette attitude était des plus puériles, mais elle égalait celle d'Hayden. Assis sur le lit, je restais un moment immobile jusqu'à ce que quelques coups frappés à la porte, me tirent de mes réflexions :
- Gwendal ? C'est Julien... Hayden voudrait te parler... Sort, s'il te plait...
Pas disposé le moins du monde à lui répondre, je m'exclamais, prenant exprès un air hautain et méprisable :
- Et bien tu lui feras savoir qu'il ne me sied guère d'accéder à sa requête...
Alors que Julien commençait une phrase pour tenter de me raisonner, j'entendis Hayden l'interrompre et prendre la parole à sa place :
- Et si tu m'expliquais ce que tu me reproches au lieu de t'enfermer dans la chambre. T'as vraiment une réaction de gamin, c'est pas croyable...
- Tu sais ce qu'il te dit le gamin ?
Je n'entendis plus rien hormis les pas résonner dans les escaliers, me laissant seul. Je me laissais tomber sur le lit et les larmes s'échappèrent de mes yeux clos. Tout compte fait, je me demandais si je n'avais pas fait une erreur en demandant à Hayden de m'emmener avec lui... Pourquoi était-il si odieux avec moi ? Epuisé, je finis par m'endormir. Lorsque je me réveillais, l'après-midi était déjà bien entamé et le soleil commençait à décliner.
Calmé, je quittais la chambre et avisant l'heure plus tardive que ce que je n'avais pu estimer et ne sachant pas à quelle heure rentreraient Julien et Hayden, je commençais à chercher de quoi préparer un repas. Découvrant une salade sur la table, je la lavais et ouvrais le frigo à la recherche de quelque chose à manger. Je sortis la charcuterie et le fromage avant de mettre la table. Une fois fait, je lavais les légumes qui traînaient dans un panier près de l'évier et les fit cuire.
Pendant ce temps, j'allais au salon reprendre la lecture que j'avais interrompue toute à l’heure. Je ne sais combien de temps s'écoula ainsi, mais je fus tiré de ma lecture par une horrible odeur de brûlé. M'imaginant le pire, je sautais sur mes pieds et partais à la recherche de l'origine de cette odeur. Je n'avais pourtant rien fait brûler... C'est alors que je me souviens des légumes que j'avais fait cuire. Horrifié, je me précipitais à la cuisine et en entrant, je fus entouré par une épaisse fumée qui s'échappait de la gazinière. Tant bien que mal, je coupais l'arrivée de gaz et ouvris les fenêtres. Accablé, je jetais un regard sur le premier repas que je faisais de ma vie et qui était encore loin d'être concluant.
Alors que je m'asseyais sur la chaise, découragé, la porte d'entrée s'ouvrit sur Julien et Hayden. Aussitôt, la voix de Julien me parut aux oreilles :
- Wow ! Qu'est-ce qui se passe ici ?
Ils entrèrent en trombe dans la cuisine et Hayden s'exclama :
- Gwendal ? Mais qu'est-ce que tu fous ? T'essaye de mettre le feu à la maison ou quoi ?
Remonté, je me levais et me tournant vers lui je m'exclamais, énervé :
- J'ai tenté de préparer le repas figure-toi !
- Tu appelles ça un repas ? S'esclaffa Julien en riant, faisant sourire Hayden.
- Pour la première fois de ma vie que je m'approche d'une cuisine je pense m'être pas trop mal débrouillé figure-toi ! Lui crachais-je au visage. Mais puis qu'apparemment personne ne semble apprécier et prendre en compte ce que j'essaye de faire pour vous, vous n'avez cas vous démerder tout seul, je démissionne !
Sur ses mots, les yeux brûlés par la fumée et les larmes que je tentais de refouler, je quittais précipitamment la cuisine, laissant les deux amis seuls à seuls. Inconsciemment, mes pas me guidèrent à l'extérieur. Alors que je m'engageais sur un petit chantier, j'entendis Hayden m'appeler :
- Gwendal, attend !
Je n'écoutais pas et continuais mon chemin et c'est à bout de souffle qu'il finit par me rattraper. Il posa sa main sur mon épaule, mais je me dégageais vivement :
- Lâche-moi ! Ordonnais-je. Retourne voir ton ami avec lequel tu t'entends si bien et laisse-moi tranquille.
Cependant, il feignit de ne pas m'entendre et demanda :
- Ecoutes, je m'excuse pour ce que je t'ais dit toute à l'heure. C'est gentil de ta part d'avoir prit l'initiative de préparer le repas. Tu sais, j'ai du mal à comprendre comment quelqu'un peu ne pas savoir faire des choses aussi simple que faire à manger...
- Serais-tu en train d'insinuer que je suis manchot ? Demandais-je avec toujours cette colère en moi. Je n'ai pas besoin de ta compassion, je veux juste que tu me foutes la paix !
Sur ce, je repris mon chemin, mais à mon plus grand désespoir, Hayden ne semblait pas vouloir lâcher prise :
- Mais tu vas t'arrêter ?
Enervé, je me retournais et criais :
- Quel mot dans "fiche-moi la paix" n'as-tu pas compris ?
- Je m'excuse ok ! S'exclama à son tour Hayden. Qu'est-ce que tu veux de plus ? Qu'est-ce que tu as depuis ce matin ? Tu es carrément invivable ! La moindre petite remarque on dirait que c'est la fin du monde !
- Tu veux vraiment savoir ce qu'il y a ? Criais-je, sans plus parvenir à retenir mes larmes. Il y a que j'en ai marre de tes réflexions et de tes moqueries permanentes. Oui on n’a pas eut la même éducation, oui ton enfance à certainement été plus compliquée que la mienne mais ce n'est pas une raison pour me rabaisser et te moquer de moi à la première occasion ! As-tu seulement remarqué que le peu de fois ou tu m'as adressé la parole en deux jours c'était pour te moquer de moi ou me reprocher telle ou telle chose ? As-tu seulement songé à ce que je pouvais ressentir à être constamment rabaissé de la sorte ? Je fais de mon mieux pour satisfaire à tes exigences, mais jamais tu ne me montre la moindre reconnaissance, comme si tout t'étais dû ! Tu n'es qu'un égoïste ! M'exclamais-je.
Hayden resta silencieux, semblant réfléchir à ce qu'il se prenait en pleine figure et face à son manque de réaction, j'en profitais pour ajouter :
- Depuis deux que nous sommes arrivés, tu parles avec ton ami en m'ignorant totalement, comme si je n'existais pas ! Je ne te demande pas de m'inclure dans vos conversations, mais un minimum d'intérêt pour ma personne ce serait trop demandé ? Depuis que je t'ai demandé si je pouvais venir avec toi, c'est comme si tu avais toi-même sceller le boulet à tes chaînes ! Mais au risque de t'apprendre un scoop, c'est toi qui as accepté que je vienne avec toi ! Alors prend en les responsabilités ! Si vraiment c'était une charge pour toi de m'avoir avec toi, tu n'avais cas tout simplement me dire "non". Je ne suis pas stupide non plus, j'aurais compris et me serais débrouillé autrement, mais voilà, tu as dit "oui" !! Alors assume !
- Tu crois pas que t'exagères un peu ? Demanda Hayden dont le calme contrastait avec ma colère.
Je ne répondis rien mais lui adressais un regard qui en disait amplement sur ce que je pensais de sa réflexion.
- Pourquoi attaches-tu tant d'importance au regard des autres ? Me demanda Hayden, me prenant par surprise.
Ne m'attendant pas du tout à cette question, je répondis :
- Je...Parce que... Cela ne te regarde pas...
Hayden soupira longuement avant de reprendre :
- Ecoutes, si vraiment tu veux apprendre à faire des choses par toi-même, je suis prêt à t'aider, même si j'ai parfois des problèmes de patience.
A travers mes larmes, je lui adressais un regard sceptique empli de méfiance, ne croyant pas un traitre mot de ce qu'il venait de dire. Cependant, ne décelant aucune trace de moquerie dans son regard, j'étais bien forcé d'admettre qu'il ne semblait pas vouloir se moquer de moi une énième fois.
- Alors ? Demanda-t-il en me tendant la main. Marché conclu ?
Après un moment d'hésitation, j'attrapais la main qu'il me tendait et satisfait, il m'adressa un sourire de réconciliation.
Suite dans la partie 05
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